jeudi 27 mars 2008

Jaime Gil de Biedma


Jaime Gil de Biedma, Barcelona 1929-1990.



JE NE RECOMMENCERAI PAS À ÊTRE JEUNE

Que la vie était sérieuse,
on commence à le comprendre plus tard
-comme tous les jeunes hommes,
je suis venu à me porter la vie par-devant.

On voulait laisser une trace
et aller entre des applaudissements
-vieillir, mourir, c'était seulement
les dimensions du théâtre.

Mais le temps est passé
et la vérité désagréable apparaît :
vieillir, mourir,
c'est l'argument unique de l'oeuvre.


Des "Poèmes posthumes" 1968
Traduction T&M

mardi 25 mars 2008

Alcools


Apollinaire écrivait dans Alcools:


J'ai vu ce matin unit jolie rue dont j'ai oublié il un nom.

Neuve et propre du soleil elle était il clairon.


Ces vers m'apportent toujours le chemin de l'oubli. L'importance de l'impression que donnent les objets, les images des choses avec lesquelles nous restons, la valeur d'une couleur, d'un parfum, d'une image dans un moment concret du notre marcher dans le monde.

Et cependant, les mêmes vers nous rappellent comment capricieux est notre esprit, comment il oublie certains des détails qui sont plus nécessaires: le nom de la personne que nous avons devant, et que il y avait années que nous ne voyons pas (bien que nous rappelions son accent, la couleur de ses yeux), les visages concrets des compagnons de l'école (bien que nous rappelons parfaitement ses noms de famille), le nom d'une rue par laquelle nous avons passé et peut-être a marqué notre histoire personnelle, mais qui s'est effacé ou peut-être elle n'a jamais occupé de lieu dans notre esprit.

dimanche 23 mars 2008

Les nuages



Ce n'est pas la pluie qui tombe parfois et parfois n'apparaît pas par notre jardin.
Ce ne sont pas les nuages lointains qui forment les figures que nous ne pouvons pas identifier toujours, bien que nous jouions à cela.
Ce n'est pas non plus le silence de tes lèvres dans le matin.




Le bonheur est toujours une autre chose, bien qu'il continue d'être ici, à notre côté, avec la pluie, les nuages et un silence.

vendredi 14 mars 2008

Et si...

Et si l'écriture était-elle une confusion absurde de mots vides, de symboles fugaces qui apparaissent dans l'écran pour nous confondre?
Et si la lecture était une perte inutile du temps qui nous a accordé la vie, et ne nous ferait-elle pas plus forts, ni plus de savants, nous émouvrait-elle tant?
Et si les poèmes étaient-ils ordures humaines perdues entre des pages de journaux de siècles passés?
Et si compréhendre n'était pas difficile, mais seulement impossible ?

jeudi 13 mars 2008

Luis Rosales



Luis Rosales (1910-1992), qui a été ami de Federico García Lorca et d'aussi Leopoldo Panero, a écrit La casa encendida dans les années quarante, quand la dictature du Général Franco commençait en Espagne.





Parce que tout est égal et tu le sais,
tu es arrivé chez toi et as fermé la porte
avec le même grimace avec lequel on jette un jour,
avec lequel la feuille retardée au calendrier retire
quand tout est égal et tu le sais.
Tu es arrivé chez toi,
et, quand tu est entré,
as senti l'étrangeté de tes pas
qui sonnaient déjà dans le couloir avant que tu n'arrivasses,
et tu as allumé la lumière, pour recommencer à vérifier
que toutes les choses sont exactement placées, comme ils seront dans une année,
et après,
tu t'es baigné, respectueux et tristement, le même qu'un suicidé,
et tu as regardé tes livres comme ses feuilles regardent les arbres,
et t'es senti seul,
humainement seul,
certainement seul parce que tout est égal et tu le sais.






Traduction T&M

lundi 10 mars 2008

Salades


Les salades sont comme la poésie. Elles sont préparés en ajoutant - toujours dans un brut - différents éléments. Elles s'agitent. Elles sont toujours pour la fin quand on mange.

La poésie est comme les plats de viande plus élaborés, c'est-à-dire, comme les salades.

mercredi 5 mars 2008

Poetiques

Nous entrons dans une Art Galerie à Paris. Après avoir observé et après avoir attentivement commenté les tableaux, nous parlons de Houellebecq, de littérature et d'immigration.
Nous sortons d'une présentation d'un livre de poésie, aussi à Paris. Au départ tous parlent de Sarkozy, de Bruni, de politique internationale, de politique géographique sud-américaine.
Nous allons au cinéma et après le film nous parlons de football, des sports.
Nous arrivons chez nous et parlons, enfin, de nous, de tout celui qui nous préoccupe et n'est pas dehors; tout qu'est ici, avec nous, dans le croisant de tous les matins.

dimanche 2 mars 2008

Dimanche


Comme chaque dimanche,
tu as ouvert la porte
et tu es sorti sans faire de bruit.
Comme chaque dimanche,
tu as descendu les escaliers
et as abouti à la rue encore obscure de l'aube.
Comme chaque dimanche
le premier café du matin
sait d'une solitude et
est mêlé par le sommeil
qui descend les escaliers
comme un liquide collant et absurde,
comme l'oubli liquéfié entre les mains.


T & M