
Manuel Vilas (Barbastro, Saragosse, 1962)
AUDI 100
Manuel Vilas se a acheté un Audi de la troisième main, un Audi 100,
et il le mettait à deux cents par l'autoroute de Barcelone,
et tout de suite avait à payer le péage et cela qui n'allait à aucun endroit.
On continuait de regarder l'Audi dans l'après-midi dimanche,
dans la moitié du déboisé, dans la moitié du désert.
Le grand désert qui clôture la ville de Saragosse,
stérile et acide comme une bouffée d'uranium enrichi.
Il regardait les roues et les frappait avec ses bottes de pointe,
et pensait qu'ils étaient très très dures, pleins d'un air abêti,
et c'est qu'il finissait d'être dans une station-service qui se nommait "El Cid",
et il les avait gonflées, ce sifflement puissant des valves,
et regardait le dessin des roues, labyrinthique et abstrait comme les raies
de la main, et rien ne s'est regardé la main, la peau rugueuse exaltée
dans aucun lieu, et il avait change
le vieux radio-cassette de l'Audi par un compacdisc Pioneer,
avec six haut-parleurs, 800 euros en Carrefour,
et il a mis Lou Reed au compac, et bien, très bien,
Street Hassle a mis, et bien, bien, très bien, il a dit à nouveau,
cela était tout, l'Audi 100, la vie noirâtre, la proximité d'un peuple
qui s'apelle Bujaraloz, l'autoroute de Barcelone, les camions infinis,
un taureau d'Osborbe près de Pina, le dimanche, aigre et crucifié,
et Lou Reed en ne sonnant nulle part, dans le désert céleste,
les 800 euros changés en le plus beau cri de la terre,
et aucun ange du ciel en descendant, et Manuel Vilas
-un serf de rien, en fumant, stérile, en raisonnant, gémissant-
sifflait sous le soleil inclément, diffus, le soleil ivre,
et il leur donnait des coups de pied aux roues, et les roues
lui rendaient l'impulsion, et cela était spirituel,
et a pensé à la boîte à gants, et il a ouvert la boîte à gants, et a regardé la documentation,
et a lu son nom, et a ouvert le coffre à bagages, et il lui a semblé que là il y avait
un tas d'endroit pour garder des choses, et cela tout à coup l'a fait complètement heureux.
Du Resurrection (XV Prix Jaime Gil de Biedma), Visor, 2005.
Traduction: T & M.
Photo: Daniel Mordzinski.

2 comentaries:
Un placer leer este poema en francés...Manuel Vilas se merece esta hermosa traducción. Saludos.
Gracias por la traducción, ¿me la podéis mandar a mvilasv@ono.com
y la colgaré en mi blog?
Un saludo,
Manuel Vilas
Enregistrer un commentaire